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Arrangements, favoritisme et conflits d’intérêt

par Pierre Lascoumes

Pourquoi corruption et démocratie font-elles si bon ménage ? Pourquoi les citoyens continuent-ils d’accorder leur confiance à des acteurs politiques condamnés pour abus de fonction ? Tout se passe comme si la corruption était perçue à la fois comme un scandale et une fatalité. Avec une rigueur implacable, Pierre Lascoumes explore la « zone grise » de notre démocratie et donne des clés pour comprendre la défiance des citoyens vis-à-vis des institutions

Des scandales politico-financiers défraient régulièrement la chronique. Malgré leur réputation de légalisme, les élites françaises ont du mal à faire face aux situations problématiques : cumul de mandats, financement de la vie politique, conflits d’intérêts, etc. De leur côté, les citoyens font preuve d’ambivalence. Ils utilisent de nombreuses justifications pour excuser les comportements déviants de leurs élus. Dès lors, tout se passe comme si la corruption était perçue à la fois comme un scandale et une fatalité. Pourquoi corruption et démocratie font-elles si bon ménage ? Pourquoi les citoyens continuent-ils d’accorder leur confiance à des acteurs politiques condamnés pour abus de fonction ? Avec une rigueur implacable, Pierre Lascoumes explore la « zone grise » de notre démocratie et donne des clés pour comprendre la défiance des citoyens vis-à-vis des institutions – préalable indispensable à une réforme de la vie publique.

Pierre Lascoumes est directeur de recherches au CNRS. Il travaille au Centre d’études européennes de Sciences Po. Il a récemment publié Les Sentinelles de l’argent sale. Les banques aux prises avec l’antiblanchiment (avec G. Favarel-Garrigues et T. Godefroy, La Découverte, 2009) et Favoritisme et Corruption à la française. Petits arrangements avec la probité (Presses de Sciences Po, 2010).

 


 

Dictionnaire critique de la République

Par Vincent Duclert , Christophe Prochasson , publié dans L'Histoire n° 272 - 01/2003 +

Dans le gouvernement provisoire de février 1848, figurait l’« ouvrier Albert ». Dans tous les manuels de classe, nous avons rencontré ce personnage énigmatique, symbole social de la nouvelle République...

Voilà un des nombreux mystères dissipés par le Dictionnaire de la République , ici sous la plume d’Anne-Claude Ambroise-Rendu. Cet ouvrage solidement construit commence par un résumé historique des républiques françaises. Six parties suivent : 1) les idées et les valeurs (où l’on retiendra particulièrement « L’amitié », par Vincent Duclert et Christophe Prochasson, et « La vertu », par Olivier Ihl) ; 2) les modèles et les représentations (où figurent « La République des indigènes » par Emmanuelle Saada, et « La République des nomades », par Henriette Asséo) ; 3) les espaces et les temps (entre autres, « La famille, le couple, le foyer », par Patrice Bourdelais) ; 4) les pouvoirs et les institutions (un classique) ; 5) les symboles et les savoirs (distinguons notamment « La science », par Anne Rasmussen) ; 6) les pratiques et les identités, la partie la plus intéressante sans doute (« Apprendre », par Jean-François Chanet, « S’opposer », par Isabelle Backouche, « Trahir », par Anne Simonin...). Un épilogue complète l’ensemble par un défilé des « bustes », où l’on relèvera « Chevènement », mais pas Lamartine.

Une des difficultés de l’entreprise était de se distinguer du premier tome des Lieux de mémoire , de Pierre Nora (paru en 1984), consacré à « La République ». L’existence de cet ouvrage pionnier a obligé nos directeurs à ruser quelque peu : au lieu de « La Marseillaise » , on a « Les hymnes » ; au lieu du « Panthéon », « L’hommage, la nécrologie, l’éloge funèbre »... Mais, après tout, l’histoire n’est jamais définitivement écrite !

Comme tous les ouvrages de ce type, ce dictionnaire critique n’est pas fait pour être lu dans la continuité, mais pour être dégusté à petites gorgées comme un bon alcool, en sautant d’un sujet à l’autre, d’une partie à l’autre. C’est intelligent, vivant, informé. Forcément inégal, mais, au total, sous le raz de marée des dictionnaires, celui-ci mérite une mention spéciale.

Ajoutons que, placé sous la tutelle discrète des « anciens » (Jean-Jacques Becker, Jacques Julliard, Madeleine Rebérioux), il est largement écrit par les historien(ne)s des nouvelles générations, encore peu connus.

 

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Nouvelles

source : Nouvel Observateur

Une enquête préliminaire a été ouverte à Paris sur des mouvements douteux de paris sur le match Lens-Istres joué vendredi dernier.

Photo d'archives. (Sipa)
Mots-clés : paris, Lens, Istres, corruption, football, enquête

Une enquête préliminaire a été ouverte mardi 15 mai à Paris sur des mouvements douteux de paris sur un match de Ligue 2, Lens-Istres joué vendredi, a annoncé à l'AFP une source judiciaire, alors que le combat contre les mises suspectes est une préoccupation majeure des instances sportives.

Contactée par l'AFP, la Française des Jeux (FDJ) a indiqué, sans plus de précision, avoir "récemment fait des signalements sur deux matches aux autorités concernées, du fait en particulier de montants anormalement élevés par rapport à l'enjeu sportif".

Selon une source proche du dossier, des anomalies ont également été relevées sur une rencontre de première division de handball, remportée samedi par Cesson aux dépens du champion de France, Montpellier (31-28).

Des "paris anormaux", avec "des montants quatre ou cinq fois supérieurs à ce qu'on pouvait attendre pour de tels matches" ont été relevés, selon cette source.

Tous ces paris ont été passés "de manière subite" depuis "une zone géographiquement circonscrite", dans le sud-est de la France, et allaient tous dans le même sens, ce qui est inhabituel, a-t-on relevé. Face à ces mouvements suspects, la Française des Jeux avait interrompu les paris sur ces rencontres.

Le président de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) Jean-François Vilotte a indiqué à l'AFP avoir alerté le parquet. "Nous avons fait lundi au parquet de Paris un signalement sur le match Lens-Istres pour montant anormal de paris : montant global, montant unitaire, répartition quasi exclusive sur Lens, concentration géographique inhabituelle".

"Je suis franchement très étonné"

Dans le cas du match entre Lens et Istres, il s'agit de paris passés en ligne. Pour ce qui est de la rencontre de handball, les paris étaient passés depuis le réseau physique des détaillants de la Française des Jeux, a-t-on précisé.

Le Racing Club de Lens a assuré son maintien en L2 grâce à sa victoire sur Istres (1-0), obtenue par un but inscrit sur une grosse erreur défensive du capitaine du club provençal, Eric Chelle, ancien joueur de l'équipe du Pas-de-Calais (2008-11).

suis franchement très étonné de l'ouverture de cette enquête préliminaire, a déclaré mardi à l'AFP le président du FC Istres Francis Collado, ancien directeur administratif et financier de Lens. On a été averti par la Ligue de football professionnel (LFP) de la suspension des paris sur le match, le jour même du match".

"Je ne pensais pas que Istres suscitait autant d'intérêts, a-t-il ajouté. Je ne sais pas s'il y a eu des paris douteux. Franchement ça ne me touche pas. Je ne me sens pas incriminé du tout, ni le club, nous n'avons pas encore saisi d'avocat".

"Moi, j'ai vu un match normal"

Le président de Lens, Gervais Martel, avait pour sa part balayé tout soupçon dès le coup de sifflet final. "On disait partout que ça allait être un match arrangé car, à Istres, il y a des anciens dirigeant et joueur de Lens. Moi, j'ai vu un match normal, qui s'est disputé face à une équipe d'Istres qui a joué son match et qui a essayé de le gagner", expliquait le dirigeant nordiste sur le site officiel de son club.

Avant le match, la LFP avait alerté le délégué et l'arbitre à propos de la mise sous surveillance par l'Arjel de cette rencontre, a-t-on appris auprès de la Ligue.

Le combat contre les mises suspectes est une des priorités des instances, notamment de l'Union européenne de football (UEFA). "La corruption, c'est le grand fléau pour moi", avait confié en mars à l'AFP Michel Platini, président de l'UEFA, parlant de ce problème en général.

"Le phénomène de la corruption n'est pas nouveau, avait poursuivi le patron du foot européen. Il y a toujours eu des tentatives, pour des raisons sportives, gagner un match, mais maintenant c'est lié à des paris. Les joueurs savent maintenant que ceux qui sont pris la main dans le sac ne joueront plus jamais au foot. C'est tolérance zéro. Si on va voir un match et si on connaît le résultat à l'avance, ce n'est plus la peine de jouer au foot", avait-il conclu.

Une rencontre de Ligue des champions, Dinamo Zagreb-Lyon (1-7), en décembre, avait fait couler beaucoup d'encre, mais aucune anomalie particulière ni aucun pari illégal n'avait été établi.